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Sur la piste du Pitiponk.

Par Louise Carter.

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C’est sur un animal bien étrange que va porter la petite excursion du jour. Enfin, ‘animal’, le moins que l’on puisse dire c’est que cette créature laisse place au doute. Une aubaine, donc, pour les personnes comme moi qui n’ont rien d’autre à faire que de courir après les animaux magiques que comptent ce monde.

Alors pour commencer, voici cette curieuse petite bête. On ne sait quasiment rien sur eux, ils n’apparaissent même pas dans les livres ‘classiques’, simplement on s’imagine qu’ils nichent au creux des marécages, c’est la raison pour laquelle nous nous sommes rendus dans celui que compte la forêt interdite.

Ce n’était qu’une simple excursion dans le cadre des cours, rien de très original. La forêt reste le repaire d’une faune assez diversifiée, j’ai eu l’occasion de m’y rendre à plusieurs reprises et à chaque fois on en découvrait de nouveaux. Qu’il s’agisse des habituels crabe de feu à la carapace constellée de pierres précieuses, des fées au sale caractère ou encore des ogres comme des acromentules bien peu ragoûtantes, il y en a un peu pour tous les goûts. Mais pas pour tous les niveaux, alors cette fois-ci pour aborder le marais cela aura été en compagnie du postier de Pré-au-Lard, un drôle de petit bonhomme qui ne se balade jamais sans une ribambelle d’oiseaux dans son sillage. Après avoir dépassé les berges du Lac Noir, il a suffit de suivre le ruisseau au travers des arbres plus tortueux les uns que les autres afin d’atteindre les dits marais. Constellés de moustiques, une véritable torture. Mais le vieux bonhomme avait plus d’un tour dans son sac, il eut tôt fait d’user d’une bonne poignée de paillettes magiques pour nous faire briller comme des boules à facettes, insensibles désormais aux morsures de ces fichus insectes. Mais pas à l’humidité. Alors pendant que les plus petits jouaient tranquillement sous la férule de ce professeur d’un jour, moi et ma collègue nous sommes enfoncées dans les marais.

L’Angleterre regorge de légendes, de ces êtres qui guident au travers l’obscurité, c’est la cas de ces fameux Pitiponks. Ce ne sont pas que des animaux magiques, ce sont les esprits des marais. La seule chose que l’on sait d’eux c’est qu’ils ont peur de la lumière, un Lumos suffit à les dissiper, la moindre source lumineuse les fera fuir, et qu’ils se présentent aux voyageurs perdus parfois, dans une vision plus qu’irréelle. Alors je me suis perdue. Sans plus discerner le début de la fin de cet amas d’arbres noirs coincés au beau milieu d’une fange boueuse qui vous arrive jusqu’aux genoux, j’ai fini par l’apercevoir. Une lanterne, qui brille doucement, auréolée d’un nuage de fumée noire tirant sur les gris qui forme un être si singulier qu’on a peine à déterminer des contours vraiment formels. Quand on ne connaît pas, on tente… je me suis mise à engager la conversation. Il s’anima et m’entraîna aussitôt à sa suite, il a fallu courir un peu pour ne pas le perdre de vue et au milieu des marécages c’était bien loin d’être une partie de plaisir ! Mais pas de sortie, non, j’atterris au beau milieu d’une scène plutôt inattendue. La jeune fille qui m’avait précédé avait elle aussi suivi un Pitiponk, sans doute le même que le mien, et la voilà embourbée, coincée, dans ce qui était la réplique parfaite des sables mouvants au beau milieu d’une forêt britannique. Alors tandis que le nuage de fumée à la lanterne nous observait nous échiner, j’ai pu la sortir de là. S’il m’avait conduit ici pour lui venir en aide ? J’avais tendance à penser qu’il souhaitait nous noyer toutes les deux. L’esprit des marais est plutôt taquin en tout cas.

Mais pas tant. Déçu de nous voir indemnes, il s’avoua vaincu et nous reconduisit aussitôt auprès du groupe qui attendait toujours à l’orée du marécage. Puis il disparut. Le cours était terminé, nous sommes rentrés au château.

Cela aurait été un peu dommage d’en rester là n’est-ce pas ? Alors j’y suis retournée, avec mon compagnon habituel ce coup-ci, un partenaire avec lequel je suis sûre de quitter la forêt en un seul morceau même si les choses tournent mal. Même si ce n’était pas franchement l’enthousiasme qui prévalait chez lui, l’idée de patauger au milieu des moustiques n’étant pas forcément celle du siècle, oui, sans doute. Qu’importe, il ne nous fallu pas longtemps pour nous perdre dans les méandres de ce labyrinthe interminable. La forêt interdite est plus grande qu’il n’y paraît. Lorsqu’on en quitte les sentiers communément admis à défaut d’être tracés, on le réalise rapidement. Et il est revenu. C’était le même Pitiponk que la première fois, j’en étais persuadée, la lanterne trônant à la place de son cœur arborait la même tâche dorée et usée sur son verre pourtant limpide. On avait du temps devant nous, c’était l’occasion de tenter de nouvelles choses. Et j’eus la surprise de constater qu’il m’avait reconnu, oui, mais aussi que si ma face lui devenait familière celle de mon compagnon semblait plus l’effrayer qu’autre chose. Éviter qu’il ne me file entre les doigts, c’était ma seule préoccupation. Et puisqu’il haïssait plus que tout la lumière, j’ai tenté un truc… que donne la rencontre entre un Pitiponk et de la poudre d’obscurité ? Quelque chose de totalement farfelu. Intrigué, il s’est mis à danser tout autour sans oser s’approcher d’abord puis se lança et l’avala d’un coup, mieux que la tequila. Aussitôt la créature se multiplia et on se retrouva bientôt entouré d’une dizaine d’entre eux, mais c’était toujours le même. Surprise. Certains dansaient, d’autres restaient immobiles, trois vomissaient de la fumée dans le marais, deux voyaient leurs lanternes éblouir tout le décor… impossible de retrouver le mien dans le tas, et puisque je ne savais plus quoi faire et que la fumée commençait à dangereusement nous avaler, j’ai fait un truc stupide.

J’ai ouvert les bras et attendu qu’il vienne à moi.

Les neuf doubles s’évaporèrent aussitôt, la créature se rua dans mes bras pour y nicher sa lanterne et sa traîne de fumée, il ne devait plus en partir. A glisser des doigts au milieu de ce corps si singulier il n’y avait rien de palpable, juste une sensation étrange de caresse à peine sensible. Nous avons quitté le marais, et il est resté avec moi.

Ce petit esprit des marais, qu’est-ce que c’est finalement ? Il tourne autour de moi sans plus vouloir me quitter, et à le regarder faire j’ai l’impression qu’il se sentait fort seul au milieu de cette forêt. Lui qui a passé sa vie à guider les voyageurs perdus, pour les égarer encore davantage ou, parfois, comme avec moi, pour les diriger vers la sortie et symboliser leur lueur d’espoir, au final peut-être avait-il envie qu’on le tire de là. Ce n’est qu’un début d’observation, et ce petit être reste encore plein de mystères, mais en tout cas il a prouvé qu’une légende n’était pas immuable et que ceux qui la comblaient pouvaient s’en détacher, pour peu qu’on leur tende une main accueillante promettant de nouveaux horizons…

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